Le mot de la présidente

À l’image de la colombe, son universel symbole, la Paix s’envole dès qu’on croit l’atteindre…

Nous la voudrions durable, voire perpétuelle, mais elle ne s’inscrit dans notre histoire que sous forme de parenthèses plus ou moins longues, durant lesquelles, croyant la posséder, nous ne cherchons pas à anticiper sa prolongation.

À notre insu, peut-être par prudence instinctive ? nous la cantonnons dans des lieux (organismes internationaux, monastères, …) qui, bien légitimement et bien heureusement, lui accordent une place privilégiée, en l’institutionnalisant ou en la sacralisant.

Serait-ce que nous avons peur de rendre la Paix accessible à tous, résignés que nous sommes à la voir éclipsée par la guerre ?

Avons-nous peur de la mêler à nos préoccupations personnelles, familiales, sociétales alors qu’elles la concernent également ?

Avons-nous peur, au fond, qu’elle dérange nos habitudes, nos structures intellectuelles et affectives, notre vie quotidienne ?

La liste de ces peurs n’est pas exhaustive et chacun de nous peut en découvrir, pour peu qu’il s’interroge sur son rapport à la Paix avec humilité et sans forfanterie.

Car la Paix ne se conquiert pas et ne se gagne pas : on peut croire combattre en son nom, le poing ou le bras levés, prêts à tuer, comme on peut fanatiquement le faire au nom de la Liberté, de Dieu ou de toute autre cause revendiquée et brandie comme impérative. Mais on s’illusionne et on oublie que les manières de se battre et les méthodes de lutte de la Paix sont tout autres.

La Paix, en effet, nous indique une direction sans jamais s’imposer, et c’est pourquoi elle est à l’opposé de toute dictature intellectuelle, politique, religieuse…

Elle nous permet de croître en intelligence et en compréhension mutuelle au fur et à mesure que nous acceptons de la rattacher à la droiture et à la justice qui sont ses plus sûres alliées.

C’est elle qui, pas à pas, ferme les portes des idéologies meurtrières, fait tomber les murs qui rendent sourds aux cris des opprimés, abolit la peine de mort.

Son cheminement s’opère sans bruit, dans la profondeur des consciences qu’elle fait efficacement converger vers un surcroît de fraternité : depuis le jeune enfant qui souffre de harcèlement et ose le dire pour protéger aussi ses camarades, favorisant ainsi une action relayée par les adultes, jusqu’au soldat qui se bat contre l’envahisseur mais refuse toute haine, en passant par la femme solidaire des souffrances de ses semblables au point de dénoncer leurs agresseurs, l’homme qui, refusant de céder au chantage, aide à démanteler un réseau de narcotrafiquants, l’adolescent qui accepte de se délivrer de ses addictions et entraîne d’autres jeunes à agir de même, les voisins qui signalent l’isolement des vieillards, les parents dont l’enfant à été assassiné et qui appellent au calme…

Cette convergence des consciences si ardemment souhaitée par des personnalités aussi différentes que Victor Hugo, Pierre Teilhard de Chardin, Pierre Rahbi, Edgar Morin et tant d’autres à travers les âges, est la clé de voûte de la Paix.

Pour la comprendre, il nous faut réfléchir et nous référer à une croissance semblable à celle d’un arbre, avec :

ses racines, son tronc, ses ramifications, sa capacité d’abriter la diversité des espèces.

Mais cette croissance demande du temps, et Saint-Exupéry nous l’exprime avec sa concision habituelle : La paix est un arbre long à bâtir.

C’est donc en référence à la structure naturelle d’un arbre, et non en référence à des systèmes idéologiques, que notre association ré-affirme ses valeurs et re-présente son projet initial d’implantation – en réseau – de maisons* qui soient des outils de transmission de la Paix, nécessairement collégiales, transpartisanes et non confessionnelles, afin que bâtir la Paix soit l’œuvre de tous sans exception.

* * *

J’ai demandé que notre association, jusqu’au 31 mars 2029, soit libérée de ses obligations administratives. Cette mise en sommeil permettra de réfléchir, avec toutes celles et ceux qui le souhaitent, à la mise en place des moyens concrets pour réaliser notre projet.

Je ne serai plus, en 2029, en mesure d’assurer la présidence de l’Association. D’ores et déjà, celles et ceux qui sont disposés à présider notre association peuvent me contacter.

Merci encore à toutes celles et ceux qui à Paris, Lyon, Dijon, Ronchamp, Besançon, Cambrai, Honnecourt, Montauban, Perpignan, Montpellier, Marseille, Compiègne, Beauvais, Chantilly, Senlis, Gouvieux, Reinacker m’ont fait comprendre que je ne m’étais pas fourvoyée sur un sentier trop escarpé ! et m’ont offert leur précieuse amitié, leur aide concrète (adresses, pistes d’initiatives, lieux d’expression, contacts divers en France, en Europe et en Afrique).

Bien amicalement à toutes et à tous.

Marie-Pierre Oudin