La maternité ou l’art de faire naître…

Il y aura, le 31 mai prochain, les cartes maladroitement dessinées, les petits cadeaux soigneusement fabriqués en classe, les mots tendres des adultes… pour célébrer les mères.

Qu’elle soit banalisée, marchandisée, ignorée voire méprisée, ou sacralisée, la maternité nous renvoie à nos origines, y compris les plus archaïques.

Le ventre féminin, ce lieu où s’organise la croissance d’un être humain doté progressivement d’un cœur, d’un cerveau, d’une conscience demeure le socle de notre humanité. C’est pourquoi, également dotées d’un cœur, d’un cerveau, d’une conscience, les femmes, qui assurent la chaîne de transmission de la vie, doivent être respectées non pas comme des outils de la procréation mais comme des sujets responsables.

L’attente d’un enfant est en effet un événement, tant la complexité de ce phénomène peut être source d’émerveillement, sur le plan biologique aussi bien qu’anthropologique. En revanche il n’est heureux que si la femme, qui accompagne neuf mois durant le futur nourrisson, participe de tout son être, et non pas seulement de tout son corps, à son développement. Autrement dit, une mère contribue à l’édification d’une personne : elle ne sert pas uniquement de réceptacle à un simple organisme en devenir.

Les sciences dites humaines ont fait progresser le regard porté sur la maternité et la petite enfance, et sur le lien profond qui les unit depuis la nidation jusqu’à l’autonomie requise pour affronter l’air libre. L’étude de ce lien fondamental éclaire d’un jour cruel la marchandisation du ventre féminin et la tragédie des mères « porteuses » contraintes d’abandonner le fruit d’une symbiose dont on ne peut exclure la dimension affective.

Être enceinte, c’est être un rempart protecteur de la vie et, à ce titre, il est légitime d’honorer celles qui ont fait apparaître, comme l’exprime si justement le langage courant, une nouvelle-née ou un nouveau-né, avec un visage unique au monde et un ADN qui lui est propre. Comment ne pas célébrer cette odyssée, vécue par un être humain – dont la nature n’est pas réductible à l’animalité, même si elle en partage les lois physiologiques – conscient d’assurer le bien-être d’un enfant encore inconnu.

La joie, d’ailleurs, qui accompagne cette apparition n’est pas comparable à d’autres joies. Effaceuse soudaine des douleurs qui ont précédé, elle surgit, indicible, comme si La Vie venait remercier d’avoir donné la vie et redire sa victoire face à ce qui peut la détruire.

C’est dire à quel point il convient de libérer les femmes du poids des grossesses non désirées, et du joug masculin qui les impose au nom de décrets qui assignent à la femme un statut de femelle. On ne peut que remercier le mouvement féministe de travailler – toujours plus – dans ce sens, particulièrement dans les pays les plus tentés par la dictature et par le virilisme qui lui est associé.

Cette libération permettra de renforcer la dignité de la maternité : elle soulignera la nécessité de lui donner toute la place qu’elle mérite, son existentielle beauté, et sa fondamentale participation à la croissance physique, psychologique et spirituelle de l’humanité toute entière.

Marie-Pierre Oudin