Avec un univers mental modifié par l’Intelligence Artificielle, une société défigurée par la violence, un dérèglement climatique bien présent, nous avons changé de monde, et notre devoir à toutes et à tous est d’en tenir compte, sans le déni qui favorise une fuite en avant perpétuelle. Nous ne pouvons plus maintenir des structures sanitaires, économiques, sociales, juridiques… qui ne répondent plus à nos besoins et aux appels des citoyens. Face à la pédocriminalité, au narcotrafic, au bouleversement climatique, il peut y avoir des propositions multiples, et l’intelligence collective s’en trouve enrichie. Par contre, la partialité et le dogmatisme des offres politiques – trop soucieuses de mettre en scène leurs responsables – devient intolérable au regard des tragédies qui ponctuent désormais la vie quotidienne.
Autour de l’enfance et de sa protection, de l’adolescence et de ses addictions, du grand âge et de sa solitude, de la nature et de sa dégradation, il ne peut y avoir une grille de lecture superficielle, encore moins une absence de questionnement fondamental sur le sens de nos vies et de la vie en général. Il s’agit de penser en termes de synchronisation, au-delà des clivages politiques qui divisent un pays et l’empêchent d’adopter des solutions humaines. C’est en effet l’humanisme qui est actuellement en cause, et cet humanisme n’est pas divisible.
La maltraitance et le meurtre d’un enfant doivent avant tout nous interroger sur la manière d’organiser symphoniquement, et non mécaniquement, une société : le cloisonnement des tâches et des services est trop souvent un obstacle à une action concertée et donc efficace. Le pouvoir politique, celui pour qui la démocratie n’est pas un vain mot, n’est consistant que s’il obéit à une volonté de fédérer les forces de proposition qui émanent des partis. Or, fédérer c’est aussi éduquer au compromis, et faire en sorte que le Bien Commun soit prioritaire. Cela suppose d’adopter une logique trans-partisane et c’est urgent pour la sauvegarde de notre cohésion sociale. Quand l’innocence est bafouée ou que la canicule nous frappe tous, le Bon Sens, auquel il semble actuellement judicieux d’attribuer des majuscules, nous indique de nous entendre sur les mesures à prendre pour faire reculer ces fléaux. Il importe vraiment peu de s’attribuer des brevets d’invention ou de revendiquer les « propriétés intellectuelles » de tel ou tel parti.
Il nous faut donc franchir le pas qui nous permettra d’aborder un changement d’ère,et pas seulement sur le plan climatique. Il s’agit de refonder notre modèle politique, à la hauteur des minutes de silence qui ont cimenté progressivement l’histoire d’un peuple tout entier – et non pas « le peuple » fragmenté brandi par le populisme. Ces minutes qui ne sont ni dérisoires ni anodines nous rappellent, aux heures cruciales que nous vivons, l’obligation de se situer par-delà les différences et les divergences (sans pour autant les gommer), pour effectuer les choix adaptés aux défis qui sont devant nous – nous toutes et nous tous, sans exception. La conciliation ne sera plus considérée comme une utopie mais comme la condition de notre survie. Mieux vaut la mettre en oeuvre le plus tôt possible. Si nous ne le faisons pas, nous mourrons tous comme des idiots, avait prévenu Martin Luther King. Il est temps d’écouter son avertissement. Au service de l’utilité publique, la politique pourra retrouver sa grandeur et poursuivre sa mission civilisatrice.
Marie-Pierre Oudin
