Durant cette période où verdissent les jardins et les prairies, le contraste est saisissant entre les forces obscures qui tuent au nom de la jalousie, de la vengeance, de Dieu Lui-même… et le regain de vie dont témoigne le printemps.
La mondialisation, le contexte géopolitique, l’appropriation du pétrole… ne suffisent plus à expliquer la violence partout répandue – jusque dans un au-delà fantasmé par des systèmes religieux, qui distribuerait des récompenses et des punitions, selon les critères bien terriens et bien simplistes d’une pseudo-pédagogie…
Le fantasme exprime une fuite du réel, et c’est pourquoi son rapport à la vérité, à la véracité, à l’authenticité est radicalement faussé. Le camp de la violence, comme celui d’un certain pacifisme s’affrontent stérilement, hors de la réalité.
. Le premier justifie le crime, affirme que la guerre est une nécessité, que l’ennemi est celui qui empêche de dominer.
. Le second cultive le déni de la guerre et adopte une attitude angélique : ce qui rend aveugle face à l’obligation de mener un combat contre l’ignorance, le laxisme, la résignation… qui endorment les consciences et favorisent précisément l’essor du fantasme inconscient qui légitime le crime et se moque du droit.
Quand Socrate nous invite à nous connaître nous-mêmes, il sait que cette exigence a une portée cosmique et théologique. Il ajoute en effet au fameux connais-toi toi-même cette ouverture : et tu connaîtras l’Univers et les Dieux.
Cela précède et rejoint le contenu du rêve * de Martin Luther King qui espère voir simultanément les collines s’abaisser, la pureté des cœurs redresser les torts, et la gloire du Créateur se révéler.
Que nous le voulions ou non, le cœur de l’être humain – cet organe vital qui irrigue le cerveau, ce siège des émotions et des décisions, ce producteur de courage – reste le théâtre où se joue l’avenir du monde. Il nous faut travailler à faire reculer le fantasme qui conduit au chaos, et à faire grandir le rêve éveillé et puissamment actif qui facilite la fraternisation.
Cela ne se fait pas sans l’engagement de toutes et tous au service de la loyauté envers soi-même comme envers autrui qui clarifie et consolide le désir de ré-instaurer les liens de la confiance pour ré-apprendre à vivre ensemble.
Marie-Pierre Oudin
* I have a dream – discours prononcé le 28 août 1963 durant la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, organisée par le Mouvement des droits civiques.
