Face au justicier Trump, à l’impérialiste Poutine, aux ambitions chinoises, aux théocraties meurtrières, l’Europe tremble, tergiverse, se fracture malgré sa devise adoptée en 2000 : Unie dans la diversité.
Le vieux continent a pourtant tout pour devenir le bastion de valeurs, certes décriées mais résolument adaptées au monde moderne : son attachement au droit international, ses racines humanistes, son sens de la solidarité, son goût pour la paix. Son histoire mouvementée faite d’ombre et de lumière lui a appris à distinguer la force de la brutalité, à vouloir une éthique fondée sur la justice, à désirer une intelligence libérée des esclavages idéologiques qui ont décimé sa population et lui ont appris à résister…
Mais rien n’est jamais acquis, et l’Union Européenne, fruit de tant d’efforts pour surmonter les conflits, se voit dans l’obligation de défendre de nouveau des valeurs qui ne pèsent plus rien si elles ne sont pas lestées par l’envie de les sauvegarder et de s’engager pour elles, personnellement et collectivement.
Plus que jamais, il nous faut nous souvenir de l’avertissement de Pascal : La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique et c’est pourquoi, si nous ne voulons pas que la paix soit réduite à une vaine utopie, nous devons construire une Europe de la Défense. Ce n’est plus une option. C’est la condition du maintien cohérent du droit international et de son opposition tranquille au droit du plus fort
En face de « la Paix par la force » mise en œuvre par D. Trump, qui constitue, ni plus ni moins, un système belliqueux, il s’agit de redéfinir la Paix, d’en faire un levier et non un prétexte, de la rendre intrinsèquement forte , intrinsèquement juste.
La jeunesse, y compris celle qui est prisonnière des addictions de toutes sortes, partout dans le monde, a besoin que l’Europe relève la tête, se réveille, sorte de sa torpeur et de ses rêves devenus inconsistants.
Sans l’arrogance qui caractérise la folie des grandeurs, l’Europe riche de son expérience, peut et doit :
– attester que la démocratie est porteuse d’avenir, en luttant concrètement contre les perspectives néo-nazies, néo-fascistes ou nihilistes qui sapent les bases de sa construction,
– montrer qu’elle n’est pas complice de la ruée vers l’or… et le pétrole, qui risque d’affamer un peu plus les pays qui n’en ont pas et de ruiner les chances d’un commerce équitable,
– témoigner qu’elle se dote de moyens de défense, pour ne pas céder au fatalisme de la haine et du despotisme,
– affirmer l’inaliénable liberté de la femme dans la Cité.
Puisse l’année 2026 nous faire choisir ce qui, dans la force, est salutaire, et nous engager à la rendre juste et fructueuse.
Marie-Pierre Oudin
