Persévérance…

Après une longue période de travail qui a justifié son appellation, le robot Perseverance a atterri avec succès sur la planète Mars…

A l’approche de la journée internationale des femmes, le 8 mars prochain, il semble bienvenu de célébrer une autre forme de Persévérance : celle d’une lutte au féminin, immémoriale, pour avoir sa place, acquérir sa dignité, face à un monde masculin qui a longtemps méconnu le « 2ème sexe ». Ce véritable parcours du combattant mérite en effet d’être honoré et ses étapes rappelées, pour éclairer le chemin qu’il reste à accomplir.

Victime du regard autoritaire, possessif que l’homme a porté sur elle, la femme a été enfermée dans une double prison : celle de l’infantilisation et celle de l’idéalisation, celle de l’asservissement et celle de la divinisation. Objet de cette vision schizophrène, elle a dû se frayer un chemin pour, douloureusement, se situer hors de ce conditionnement : déesse, égérie ou servante au gré du désir masculin, il lui a fallu conquérir sa liberté de jugement et le droit de se connaître par elle même, dans une société qui lui refusait les outils culturels dont elle avait besoin pour s’émanciper.
C’est à bas bruit que s’est faite sa progressive libération mais c’est aguerrie par ses souffrances physiques et mentales que la féminité s’est faite forte et, il ne faut pas le nier et encore moins le renier, compatissante.

C’est dans les moments de crise, d’épidémies, de famine, de guerres, que se révèlent l’efficacité, la bravoure, l’héroïsme de la femme et finalement c’est ce qui lui vaudra… enfin ! la reconnaissance de son statut, de son autonomie, la disposition de son propre corps. Avec l’octroi du droit de vote, il y a à peine un siècle, la femme a pris son essor et a connu une ascension fulgurante dans tous les domaines, donnant la preuve de ses compétences, en parvenant aux premières places : désormais, elle a conquis le pouvoir de décider de l’avenir du monde…

C’est là un tournant essentiel car la femme peut (et a pu) se laisser griser à son tour par le désir de toute puissance qui a conduit son adversaire masculin secondé par des complicités féminines, à tyranniser, asservir, torturer, obsédé qu’il était de conquérir les terres, les richesses, les peuples, « les femmes » à n’importe quel prix et selon le modèle animal de la loi de la jungle, c’est à dire la loi du plus fort et de sa voracité…

La mémoire est une bonne auxiliaire de la sagesse. L’histoire de la femme est tissée de patience et d’endurance. Celle qui a produit la dentelle et sa finesse, la beauté des tapisseries et leur minutie mais aussi celle qui, bien souvent, a préservé la vie au détriment de la sienne quand il fallait enfanter ; celle qui a veillé sur la vie fragile du nouveau-né et accompagné les mourants, trimé dans les champs et les usines, celle qui a subi le sort des laissés pour compte et des affamés de tendresse, des esclaves et des exploités.

Cette histoire est celle du cri de tous les opprimés et il interdit aux femmes actuellement libres d’emprunter la voie d’une gouvernance autrefois masculine et sans perspectives de partage.

En outre, ce serait gravement méconnaître l’histoire des hommes qui ont progressivement compris l’absurdité, la sordide bêtise d’une ségrégation hommes/femmes, de tous ces hommes courtois en amour, amis, camarades qui voulaient instaurer une égalité entre les sexes et qui l’ont payé de leur réputation ou de leur vie.

Il nous faut décider :

  • Allons-nous, déconnectées du passé qui a forgé notre identité et en quête de revanche, désormais cheffes d’état ou cheffes d’orchestre, sportives de haut-niveau ou à la tête des entreprises, chercheuses ou artistes reconnues, etc… imiter un modèle fossoyeur d’où le sens de la vie serait absent ?
  • Allons-nous, imaginatives, inventer le chemin d’un avenir destiné à protéger nos enfants de la violence sadique et masochiste qui empoisonne la relation homme/femme et nous engager dans la voie de la réconciliation des sexes ?

Décider, c’est trancher, comme on coupe le cordon ombilical, afin de favoriser l’autonomie et l’éclosion d’une nouvelle vie.

Nous qui, soi-disant, n’étions pas dignes de penser ni même d’avoir une âme, pouvons répondre à l’attente angoissée de tous les hommes qui estimaient que nous pourrions être leur propre avenir. Nous le prouverons en travaillant avec eux librement, à égalité et fraternellement.

Cette révolution sera celle qui fera taire le bruit et la fureur des guerres ; c’est la seule susceptible de structurer durablement la paix, puisque sans vainqueurs ni vaincus, elle sera négociée sans autre condition qu’une entente partagée. Elle signera l’abolition de la domination comme unique paradigme de l’éducation, de la culture et de la politique. Elle permettra de diffuser la lumière de la « grande âme » de l’amitié entre les femmes et les hommes et leur entrée commune dans l’Histoire.

En ce 8 mars 2021, bonne journée à toutes celles et tous ceux qui veulent bâtir la Paix.
M.P Oudin